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Compte-rendu de nos activités...

A la MAJC un débat d’idées permanent
au service de l’information sur l’Arménité

Pour marquer dignement le centième anniversaire du génocide, la maison de la culture a ouvert sa bibliothèque et ses documents d’archives pour prouver que dès 1915 « Le monde savait » à travers des coupures de journaux, des livres. Le public a pu réaliser qu’en quarante ans, notre bibliothèque possédait le fond le plus important réalisé en province, grâce au travail obstiné de Pierre Djarayan à l’affut de toutes les nouveautés.
Pour compléter ce panorama un nombreux public a assisté à une série de conférences-débats et dédicaces d’ouvrages données par de grands intellectuels répondant toujours présents aux invitations du président Garo Hovsépian qui devait présenter les invités et animer les débats.

Un moment fort : venu des Etats-Unis où il est exilé, l’universitaire turc Taner Akçam a fait un travail remarquable pour sortir de l’oubli les télégrammes dits « d’Andonian » toujours niés par Ankara. Une oeuvre de fourmi qui met dans une lumière crue la préparation minutieuse par l’armée ottomane et kémaliste du génocide des Arméniens, à travers des cartes et des messages militaires en libre circulation !

CLAUDE MUTAFIAN ET GERARD CHALIAND

L’historien Claude Mutafian a fait le point sur la situation du Karabagh ( désormais appelé Artsakh), cette petite république du sud Caucase en proie à une guerre « gelée » avec l’Azerbaïdjan. C’est Staline qui l’a offerte à Bakou en 1923 pour créer un foyer de tensions ethnique et religieux. Un diaporama fait de cartes et de photos prouvait que ce territoire a toujours été arménien.
A peine revenu d’Irak et de Syrie, Gérard Chaliand, le géopoliticien très médiatique a fait une escale chez nous. Une conférence placée sous le signe de l’amitié et de la fidélité à la MAJC et à son président qui rappelait le rôle de l’écrivain de terrain dans l’organisation en 1984 du tribunal des peuples chargé de juger le génocide. Tour à tour l’orateur a démonté les mécanismes des Etats-Unis et des puissances occidentales, la mise hors-jeu des Sunnites qui a concouru à l’effondrement de l’Irak sans solution de remplacement.
« La démocratie ne se décrète pas » devait dire l’orateur qui a mis en place les pièces du puzzle pour montrer qui est avec qui et pourquoi Bachar Al-Assad a été considéré comme un moindre mal dans la situation actuelle. Pour autant, le conférencier ne voit aucun avenir au terrorisme islamique et annonce un fiasco garanti dans cet Orient si compliqué, à feu et à sang.

SUD CAUCASE COMPLEXE
 
Même démarche érudite de Gaïdz Minassian, le grand reporter au journal Le Monde qui a éclairé la situation dans le sud Caucase.
Autre manifestation d’importance avec la parution à la
maison d’édition marseillaise du Cours Julien Parenthèses, Le mémorial du 24 avril de Téotig. Traductrice de l’ouvrage avec la regrettée Alice Der Vartanian, Houri Varjabédian est venue animer une fort intéressante soirée où avec un réel talent de conteuse, elle a fait revivre l’écrivain, auteur de très nombreux almanachs qui ont scandé la vie intellectuelle en Turquie pendant des années. Miraculeusement rescapé de la rafle du 24 avril 1915 qui a décimé les élites arméniennes d’Istanbul, Téotig (en prison à cette époque) a été chargé par sa communauté d’établir la liste du martyrologue  afin que nul n’oublie les noms de ceux qui ont été passés au fil de l’épée pour la seule raison qu’ils étaient l’élite arménienne de Turquie. Et il ne retrouvera plus personne dans sa ville ensanglantée.
Houry Varjabédian a fait revivre Téotig, un joyeux drille cultivé, plein de fantaisie, curieux de tout, témoin vivant de ce que fut la vie à Istanbul dont il connaissait chaque méandre. Il laisse une véritable bible pour toute l’humanité qui ne se résigne pas à l’oubli.
Signalons aussi la prestation très remarquée de Florence Ritter. Correspondante de Nouvelles d’Arménie Magazine à Erévan, la journaliste a fait un état des lieux sans concession de notre petite république du Caucase en proie à de grandes difficultés économiques mais avec une jeunesse dynamique porteuse d’espoir.
A noter aussi qu’au nombre de ses manifestations, la MAJC  a reçu Henry Cuny qui fut un exceptionnel ambassadeur de France en Arménie au point de faire de ce pays sa deuxième patrie, un poète, arménophile convaincu, capable de prononcer un discours dans la langue de Mesrob Machtots qu’il avait apprise sur place.
Rencontre étonnante et pleine d’espoir avec un groupe de jeunes Arméniens de Turquie Nor Zartonk (la nouvelle renaissance) en escale à Marseille dans leur tournée européenne au service de leur combat pour faire connaître la vérité sur le sort des Arméniens dans l’empire ottoman : à voir leur enthousiasme on comprend que la relève pour le devoir de mémoire est assuré de façon très positive et l’on peut affirmer que ces Turcs jeunes ne sont pas des Jeunes Turcs au sinistre passé !
Dans le même ordre d’idée des témoignages et des ouvrages bien documentés ont fait vivre le Dersim et la grande saga des Vanetsi avec Jean-Pierre Kibarian qui a consacré une partie de sa vie à des recherches sur cette région frontalière de l’Arménie.
Chacun le sait : nos liens et notre attachement au journal Haratch sont des vérités inscrites dans le marbre. Aussi avons-nous honoré la mémoire de la regrettée Arpik Missakian qui a porté à bout de bras le seul quotidien arménien en Europe, créé dès1925 par son père Schavarch. Elle a pris la relève en 1957. Une soirée émouvante en présence de sa fidèle collaboratrice Arpi Totoyan, de Claude Mutafian et de Garo Hovsépian qui fut le correspondant du journal dans le sud de la France pendant quarante ans. Un relais d’information qui a participé à la restructuration de notre diaspora et à sa résilience comme l’a rappelé Boris Cyrulnik en remettant la légion d’honneur à notre ami Jean Kehayan devant une salle comble. Schavarch Missakian fut aussi à l’honneur pour la parution de L’Innommable un livre de souvenirs qui retrace le calvaire en Turquie du père du grand penseur en présence de son traducteur Krikor Beledian : un tour de force que l’on doit, une nouvelle fois, aux éditions Parenthèses qui mènent depuis des décennies un travail éditorial remarquable au service des racines de Varoujan Arzoumanian, un des pères de la maison d’édition au très riche catalogue. C’est Arpik qui, avant sa disparition, a tenu à ce que livre soit en version originale.
Lieu commun que de dire que chaque arménien est porteur d’un récit du passé. L’écrivaine et journaliste Valérie Toranian a mis sa plume au service de la mémoire de sa grand-mère Aravni : un livre sensible qu’elle a évoqué avec une grande émotion. (Flammarion)
En partenariat avec l’association ARAM, Anouche Kunth s’est déplacée pour évoquer son récit érudit sur les Arméniens du Caucase en exil à Paris ayant fui le soviétisme, eux qui, grands bourgeois, politiques, militaires, musicologues et écrivains tel Henry Troyat vivaient dans le faste grâce à l’or noir de Bakou. (Belin)
Une riche et étonnante littérature à lire sans modération à la librairie de la MAJC.

L’ARTSAKH A LA FOIRE DE MARSEILLE

Une nouvelle fois, les bénévoles de la MAJC ont animé le stand de l’Arménie à la Foire de Marseille qui perdure depuis les premiers jours de l’indépendance. Et c’est avec fierté que l’on peut affirmer que le Yérakouïn a flotté pour la première fois sur notre ville en septembre 1991. Cette année l’accent a été mis sur l’Artsakh, ainsi dénommé officiellement en remplacement du Karabagh aux consonances azéries et russes.
Ce n’est qu’un début, le combat continue pour cette maison arménienne qui avance à pas assurés vers ses cinquante ans d’existence.
Merci et bravo à tous ces bénévoles qui portent haut et loin une arménité soucieuse de pérennité dans la défense de la culture des aïeux massacrés.
Et on ne le dira jamais assez : lisez et faites lire les ouvrages consacrés au vieux pays et à son histoire.